Comment réaliser des chargements de tuyaux, de verre et de betteraves ?

1-Derrière une vénérable BB 63500, deux wagons au chargement original sont placés en tête de rame.

Les rames marchandises nous offrent de très nombreuses possibilités de composition et de personnalisation. Si les rames de voyageurs obéissent à des compositions types, il n’en va pas de même pour les marchandises. Une plus grande liberté nous est offerte à condition de respecter quelques critères d’époque, peu contraignants, comme avant et après l’application du code UIC. Et encore, cette délimitation dans le temps a souvent été transgressée.

Si les wagons couverts ne demandent que l’application d’une patine, les tombereaux, plats et trémies demandent à être chargés. Faire rouler des wagons vides est une solution de facilité. Certes, des wagons vides peuvent être incorporés à un train, voire composer une rame complète mais il nous semble plus ludique de placer des chargements. Le choix est très vaste et la plupart des réalisations sont faites avec les moyens du bord.

Chargement de tuyaux de fonte

Commençons par des choses simples comme un chargement de tuyaux de fonte (photo 1). L’idée nous en est venue en récupérant des navettes de fil à coudre. Le fil est enroulé sur une sorte de tube comportant une collerette à chaque extrémité (photo 2). Débarrassé de quelques bavures et peint en couleur rouille, il devient un tuyau de fonte. Reste à le placer sur un wagon plat. Nous avons retenu un type Ks de Roco (référence 46315). Il y a plus de travail sur ce wagon que pour effectuer son chargement. Les ranchers, toujours un peu fragiles, sont mis en position repliée. La première opération consiste à traiter le plancher, beaucoup trop propre. Il est peint au pinceau avec un mélange de gris et beige puis sali sans exagération à la terre à décor grise et brune (photo 3). Le reste du wagon subit un traitement classique à base de «crasse universelle» appliquée à l’aérographe. Les voiles des roues, d’abord peints en gris 27 Humbrol ou équivalent reçoivent également un jet de crasse. La graisse des tampons est figurée par quelques touches de noir. Les différentes manettes sont soulignées de jaune et de rouge. Tout cela n’est que très classique et peut être appliqué à la plupart des wagons.
Des berceaux en bois vont recevoir les tuyaux (photo 4). De bonnes vieilles allumettes font l’affaire. Il suffit d’en placer quatre par berceau. Deux morceaux longitudinaux seront placés sur le plancher, deux autres transversaux vont caler les tuyaux.

Les berceaux sont collés sur le plancher avant de recevoir leurs tuyaux (photo 5). Nous en avons placé six sur ce wagon plat (photo 6). Les travaux sont terminés. Nous voilà propriétaires d’un wagon personnalisé qui trouvera sa place dans un convoi pouvant aller des années 1960 jusqu’aux années 1990. Avec un plat plus ancien, nous pouvons encore remonter le temps.

Autre chargement : le verre de récupération

Un modéliste nous a posé la question : comment charger un wagon trémie avec ce produit ? La première question était la reproduction du verre. Le plus simple est d’utiliser du verre pilé. Une cannette de bière a fait les frais de cette recherche. Le plus dur n’est pas de casser le verre en tout petits morceaux mais de trouver un récipient dans lequel nous pourrons effectuer cette opération. Par bonheur, un ami nous a prêté un vrai pilon, massif et costaud. Nous avons obtenu trois types de produits : des morceaux un peu trop gros, des moyens et de la poudre. Pour ne garder que les grains de taille moyenne, nous avons utilisé deux tamis. Le premier a éliminé les gros grains, le second (un bas) n’a laissé passer que le verre en poudre. Ce qui est resté dans le bas va devenir notre chargement. C’est alors qu’une voix s’est élevée : mais il y a du verre brun ! En effet et sans plus tarder, une vieille bouteille de Viandox est passé au pilon.
Sur quel fond faut-il coller ce verre pilé ? Un fond vert foncé assombrit trop l’aspect, un fond blanc est trop clair. Nous avons opté pour un vert clair proche de la couleur des grains de verre (photo 7). Nous avons pris un wagon trémie Roco jusqu’alors sans utilisation pour poursuivre notre expérience. Il aurait été plus judicieux d’utiliser le modèle prévu pour le transport de verre. Après avoir enlevé le pseudo-chargement d’origine (charbon ?) nous avons placé un morceau de polystyrène extrudé pour abaisser légèrement le niveau (photo 8). Le polystyrène est formé avec un dessus légèrement bombé puis collé en place à la colle blanche (colle à bois). La suite est simple : une couche de vert acrylique sur le polystyrène, une couche de colle blanche et du verre pilé (beaucoup de vert, un peu de brun) largement saupoudré dans la colle fraîche. Après quelques heures, le wagon est retourné, l’excédent est récupéré (photo 9). Et c’est tout. Soufflons un peu et profitons de notre travail (photo 10). Ce ne fut pas une tâche harassante ni dispendieuse. Le résultat est de bon aloi. Ce n’est qu’un début, réservons nos forces pour la suite.

8-Du polystyrène extrudé (ici du Roofmat), mis en forme constitue la base du chargement.

8-Du polystyrène extrudé (ici du Roofmat), mis en
forme constitue la base du chargement.

9-L’intérieur est peint en vert clair avant de coller les grains de verre dans un confortable lit de colle blanche.

9-L’intérieur est peint en vert clair avant de coller les grains de verre dans un confortable lit de colle blanche.

Le chargement de betteraves

Très longtemps, les betteraves ont représenté un important trafic marchandises saisonnier. Des réseaux à voie de 60 cm acheminaient des wagons pleins à ras bord venant directement des champs de production. Les betteraves étaient ensuite transférées par les grands réseaux vers les usines de traitement pour en extraire le sucre.
Ce trafic n’a pas disparu même si les réseaux à voie étroite sont du domaine du souvenir ou des trains touristiques. Nous allons reproduire un wagon-tombereau chargé de ces précieuses chénopodiacées qui peuvent contenir jusqu’à 20 % de saccharose. Privées de leurs feuilles, encore un peu terreuses, elles peuvent mesurer une cinquantaine de cm de long. Des graines pour oiseau nous ont semblé être le meilleur support pour les reproduire à l’échelle H0. N’ayant trouvé que des sachets de graines mélangées, il a fallu se livrer à un tri méticuleux. Rassurons-nous, seule une couche de ces pseudo-betteraves suffit pour un chargement mais comme il est rare qu’un wagon circule seul, il est prudent de préparer un petit stock (photo 12).
Nous avons choisi de charger un wagon-tombereau Jouef, déjà fort ancien mais dont la gravure et les inscriptions sont tout à fait acceptables. Ce wagon est patiné selon les convenances de chacun, mais en aucun cas il ne saurait conserver son aspect «sorti de la boîte». La base du chargement est constituée d’un bloc de polystyrène (ici du Roofmat) mis en forme (photo 13). Il doit s’intégrer parfaitement dans le gabarit intérieur du wagon. Il est assez haut pour que le dessus, légèrement bombé, dépasse un peu par rapport au bord supérieur du tombereau. Cette base est peinte de couleur terre foncée (photo 14).
Un lit de colle blanche (vinylique) est largement étalé sur la base. Les graines sont généreusement semées dessus. Après séchage, il suffit de retourner le wagon pour faire tomber l’excédent. Si quelques trous subsistent, il suffit de coller quelques «betteraves» supplémentaires. Les graines sont brillantes et trop claires (photo 15).

Un jus très léger de peinture acrylique ocre jaune puis une application de terre à décor «terre» permettent d’obtenir un résultat plus proche de la réalité. Cette patine se fait au pinceau (photo 11). Et c’est tout ! En quelques minutes, notre tombereau a reçu son chargement. Avec quelques congénères de son époque, il trouvera sa place dans un convoi à l’allure un peu rétro.#

10-Notre trémie chargée est désormais en tête de rame. L’éclairage nécessaire à la prise de la photo fait briller les grains de verre ce qui les fait paraître presque blancs.

10-Notre trémie chargée est désormais en tête de rame. L’éclairage, nécessaire à la prise de la photo, fait briller les grains de verre ce qui les fait paraître presque blancs.

Jean Cuynet

Jean Cuynet

Ancien auteur

Le wagon plat chargé de troncs en ligne.

Comment réaliser des chargements de bois et de charbon ?