Comment faire le ballast et la patine d’une voie ?

1-La voie double ballastée, décorée, encadrée des deux pistes et d’un environnement végétal.

1 – La voie double ballastée, décorée, encadrée des deux pistes et d’un environnement végétal.

Ballaster une voie simple ou double est un moment fort de la construction du réseau ferroviaire. Nous revenons sur ce travail majeur pour initier les débutants mais aussi pour effectuer un rappel auprès des amateurs plus confirmés. Nous vous proposons aujourd’hui d’équiper une double voie en courbe avec les produits du marché.

L’aspect de la voie réelle

L’aspect de la voie ferrée n’est pas uniformément le même partout. Son emplacement (pleine voie, gare de voyageurs, triage, dépôt des machines, embranchement industriel), sa composition et l’importance de son trafic, tendent à en modifier plus ou moins la physionomie. La pleine voie du TGV, installée sur une épaisse couche de ballast neuf, ne peut être comparée à celle d’une voie de débord en gare marchandises qui se distingue par la diminution, voire l’inexistence de sa plate-forme. Le ballast lui-même n’est pas uniformément de la même nature. Sa couleur varie selon son origine géologique, du bleu au rose, du marron au gris ou encore, au blanc. Le trafic a aussi une influence importante sur l’aspect de la voie. Une ligne de montagne où ne circulent que deux omnibus par jour, ne peut être comparée à celle sur laquelle roulent plus de deux cents trains !

Travaux préliminaires

Il est préférable de peindre les rails et de patiner les traverses avant d’entamer les travaux de mise en place du ballast. Voir l’encadré pour le petit matériel à employer (photo1).

La peinture des rails…

Les rails sont généralement en maillechort, métal bon conducteur de courant et d’un aspect proche de l’acier brillant. Cette dernière caractéristique n’est pas conforme esthétiquement à la réalité. Pour approcher la réalité plutôt couleur rouille, appliquez sur les deux côtés du profilé, une peinture acrylique ou synthétique (Humbrol ou Heller), non diluée, de couleur adéquate. Ce travail se fait à l’aide d’un pinceau fin (petit gris n° 6 ou 8) ou à l’aérographe. Dans ce dernier cas, ajoutez aux peintures 40 à 60 % de diluant approprié. La largeur du jet doit être un peu plus grande que celui du rail, ainsi les fixations en profitent. Pour une voie de service ou à faible trafic, l’intérieur et l’extérieur du corps du rail sont à peindre couleur rouille clair : ocre jaune, terre de sienne brûlée ou Humbrol cuir mat 62, kaki mat 26 ou un mélange d’ocre mat 83 et de rouge brique mat 70 (photo 3). Pour une voie soumise à un trafic intense, l’extérieur du corps du rail est teinté comme dans le premier cas. L’intérieur, par contre, est foncé (boue, rouille et graissage du rail), appliquez de l’ombre naturelle calcinée avec un peu de noir ou un mélange d’Humbrol gris foncé mat 67 et de kaki mat 26 (photo 4). Une fois la peinture bien sèche, passez une gomme pour rail sur le dessus du rail (photo 5).

… et patine des traverses

L’aspect brillant du plastique des traverses n’est pas conforme à la réalité. Selon la fréquence du trafic, les traverses ne sont pas traitées de la même façon. Pour une voie à faible trafic : passer une première couche légèrement diluée de gris foncé (HB 67) sur toute la surface des traverses ; après séchage, une patine légère par brossage de blanc presque sec (acrylique ou HB 34). Pour un trafic important (notre cas), passer au pinceau brosse le même mélange qui a servi pour l’intérieur du rail : HB 67 + 26 (photo 6).

Méthodes de pose

Il existe un certain nombre de méthodes (plus ou moins adaptées) pour reproduire une voie ferrée ballastée. Nous en évoquons deux qui permettent de réaliser simplement et efficacement notre sujet :
– la première, consiste à étaler grassement une peinture glycérophtalique brillante sur la plate-forme et à poser immédiatement la voie, puis le ballast. L’épaisseur et le vernis contenus dans la peinture font office de colle : le résultat est satisfaisant. Le club de Franche-Comté utilise cette méthode depuis fort longtemps et a développé le sujet dans les numéros de la revue il y a quelques années ;
– la deuxième méthode, que nous allons développer, est celle dite de «la pose à sec» : on dispose le granulé sur la voie déjà fixée et on dépose une colle vinylique liquide sur le ballast pour l’immobiliser. C’est du classique, mais c’est efficace !

La mise en oeuvre de la pose du ballast

Cette mise en oeuvre que nous allons vous exposer nous paraît réunir les avantages de facilité et de rapidité que vous attendez. Nous avons tout d’abord mélangé deux références de ballast (photo 7) à savoir un gris foncé et un gris clair dans un récipient à couvercle, puis bien secoué dans tous les sens pour obtenir un mélange bien homogène (photo 9). Pour plus de commodité, nous versons au fur et à mesure le contenu dans une «mesurette» trouvée dans un baril de lessive. Cette sorte de versoir nous permet de déposer précisément la quantité de ballast sur la voie (photo 9). Commencez à mettre le granulé au milieu de la première voie (photo 10) et continuez votre dépôt sur chaque côté extérieur des rails (photo 10). Avec une brosse de 15 à 20 mm de large, balayez avec légèreté le ballast. Celui-ci étant minéral donc lourd, il se mettra en place bien plus facilement que les autres matières plus légères. Les traverses doivent être nettes, pas de cailloux sur celles-ci (photo 11). Attention à l’inverse, l’intervalle entre les traverses doit être rempli au ras de ces dernières. Pour la double voie, l’espace entre les deux voies doit être traité de la même façon. Un balayage léger est réalisé avec la même brosse (photo 12). Revenir si nécessaire sur les parties trop ou pas assez fournies en ballast pour homogénéiser l’aspect de la voie ballastée (photo 13). La deuxième voie est traitée de la même manière en veillant à l’aspect régulier du bord de la voie (photo 14). Pour terminer cette première phase de travaux, supprimer les cailloux subsistant sur les traverses, en glissant votre doigt à plat sur les traverses : action garantie… (photo 15). Le travail de mise en place à sec du ballast est terminé. Nous verrons dans un deuxième volet son encollage et sa décoration.

Encollage avec la vinylique

Pour fixer définitivement le ballast (photo 16), nous utiliserons de la colle blanche, vinylique du type «rapide». Cet adhésif est d’un emploi universel et incontournable pour la fixation du décor ferroviaire (photo 17). On peut aussi employer du médium acrylique de Liquitex(*) qui a l’avantage d’être diluable et d’être pulvérisable à l’aide d’un aérographe.

Pour un travail rapide et efficace, il faut diluer un volume de colle pour un volume d’eau. Bien mélanger les deux composants et ajouter «l’indispensable» : le produit mouillant (savon vaisselle liquide) qui va faciliter la pénétration et l’enrobage de la colle au coeur du ballast. Une petite giclée du produit (2 ou 3 % du volume du mélange total) suffira à son incorporation et le mélange eau + colle se fera avec lenteur et légèreté, car dans le cas contraire «ça va mousser fort !».
Il faut savoir que plus le gravier est petit, plus il faudra d’eau et de détergent pour combattre l’effet de «colmatage ».
Pour savoir si la colle est bien adaptée à l’usage que l’on veut en faire, observez lors de sa première application si elle est absorbée rapidement dans le ballast, si la réponse est oui, c’est bon ! Par contre, si la colle reste trop longtemps sous la forme de petites gouttes, rajoutez de l’eau et du détergent à la colle.
Votre mélange est prêt, c’est le moment de coller votre ballast, mais avec quoi ?
Pour ce faire, il existe des instruments bien pratiques : la seringue en plastique et (ou) le compte-gouttes ou pipette (photo 18). Le modéliste ayant des enfants, trouvera facilement, dans l’armoire à pharmacie familiale ce dernier instrument.
En possession de ladite seringue ou du compte-gouttes rempli du mélange, déversez la colle au centre de la voie (photo 18). Le produit doit immédiatement pénétrer dans le ballast. Si ce n’est pas le cas, c’est que votre mélange n’est pas assez dilué ou que votre produit mouillant n’est pas assez dosé. Adaptez en conséquence.
Poursuivez votre travail de fixation par les deux côtés de la voie en déposant doucement la colle sur les tirefonds. Le ballast étant très fin, il faudra sans doute revenir au milieu de la voie (ce sera en fonction de la capacité de votre seringue ou de votre compte-gouttes), et encore une fois sur les bas-côtés. Laissez sécher 24 heures, puis passez un aspirateur pour enlever l’éventuel excédent de ballast non collé.
Si d’aventure, mais c’est très rare, il y avait des manques, rien de plus facile : une pincée de ballast, une petite giclée de colle et le tour est joué !
Le ballast sèche naturellement en une demi-journée dans un local à 18-20 °C. Il ne faut pas s’inquiéter lors de l’application de la colle de son aspect blanc laiteux. En séchant, la colle devient transparente. Vous pouvez néanmoins avec votre doigt, enlever la trace blanche sur les traverses (photo 19). Enlevez rapidement les traces de colle sur le dessus des rails avec une gomme spécial rail. Du même coup, vous éliminerez toutes traces d’oxydation (photo 20).

Peinture traverse-ballast

Pour une ligne peu fréquentée, l’ensemble «traverses ballast » peut prendre une très légère couleur rouille. Appliquez la teinte très diluée avec une brosse plate en effleurant la surface du ballast. Avec cette méthode, utilisez de préférence, des peintures synthétiques du genre Humbrol 26, 29 ou 62, qui ne détrempent pas la surface du ballast (photo 21). Avec un aérographe, la peinture se dépose régulièrement sur le granulé. Prenez soin de protéger l’environnement immédiat de la voie ferrée, par des feuilles de papier. Pour une ligne au trafic intense, repassez une nouvelle fois le voile de peinture additionnée d’ombre naturelle ou calcinée (ou Humbrol terre foncée 29, + éventuellement gris foncé 67). Pour finir, selon votre mode de traction et votre «époque» reproduisez éventuellement au milieu de la voie, l’étroite traînée d’huile caractéristique de la traction diesel. Pour ce faire, employez du gris foncé (ou Humbrol 67, 85) appliqué patiemment au pinceau ou à l’aérographe. Pour la traction vapeur, la traînée d’huile est vaporisée plus largement entre les rails. Avec l’aérographe, réglez plus large votre jet de peinture.

Mise en place de la piste sablée

De chaque côté de la double voie une piste piétonne est créée. Pour ce faire, du sable très fi n coloré est employé. Il peut être fait «maison» avec une terre à décor (ARA Production(**), Zébulon…) à la couleur adéquate (photo 22) ou bien acheté tout prêt à l’emploi chez un détaillant de train miniature comme par exemple Zébulon(***) avec les références 85201-02 ocre rouge, ocre jaune 85212-02 en sachet de 100 ml. Revenons à notre mise en place des pistes. Elles auront environ 8 mm de large. Pour délimiter le bord extérieur de la piste posez un adhésif de masquage pour peinture en papier crêpé assez épais du genre Tesa crêpe à 8 mm du bord du ballast, il donnera en plus l’épaisseur de sable à mettre pour créer la piste (photo 23). Appliquez au pinceau la colle vinylique rapide en une couche mince (photo 24). Saupoudrez le sable coloré (photo 25). Passez une nouvelle fois de la colle, mais liquide à la pipette (photo 26) et égalisez l’épaisseur du sable avec un outil plat (une règle, un morceau de plastique, ou encore un couteau de peintre, par exemple). Saupoudrez une dernière fois (voile léger) de sable coloré pour redonner du relief à votre piste (photo 27). Enlevez rapidement l’adhésif pour obtenir un bord bien net (photo 28). Une belle double voie à intégrer dans un environnement végétal, urbain ou industriel de votre choix.#

29-La double voie Peco code 75 ballastée et patinée : un travail assez facile à maîtriser en suivant nos conseils.

Infos Mat.

– récipients de différentes contenances
– verseur (mesurette pour lessive)
– brosse plate 20 mm de large ou gros pinceau rond
– seringue ou compte-gouttes avec récipient pour le mélange
– pinceaux (petits gris) n° 6 et 9 et pulvérisateur ou aérographe
– pinceau brosse 10, 15 à 20 mm
– chiffon, gomme à rail, etc.
– ballast : Woodland Scenic ou ARA Prodcution ou Le Décor Principalement
– colle vinylique blanche rapide : Saders, Pattex, UHU, etc.
– mouillant (produit à vaisselle) : Teepol, Mir, Palmolive, etc.
– White Spirit, acétone
– peintures acryliques : ocre jaune, ombre naturelle, terre de Sienne naturelle, noir et blanc : (Pébéo, Flash, MKD, Talens, etc.)
– peinture genre Humbrol mat (HB) : ocre 83, rouge brique 70, kaki 26, terre foncée 29, cuir 62, gris foncé 67, etc.
– terre à décor : ARA ou Le Décor Principalement ou Woodland Scenic : blanc, ombre naturelle, ombre naturelle calcinée, sable, etc.

Le ballast qui va servir pour stabiliser nos voies. Colle vinylique rapide, pipette, brosse, récipient, produit vaisselle et mesurette, tout ce petit monde pour mener à bien notre travail de construction.

7-Le ballast qui va servir pour stabiliser nos voies. Colle vinylique rapide, pipette, brosse, récipient, produit vaisselle et mesurette, tout ce petit monde pour mener à bien notre travail de construction.

Jean Pierre Laurent

Jean Pierre Laurent

Ancien rédacteur en chef (1992-2019), spécialité décor

Article issu du hors série #7